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Répression sanglante, des dizaines de manifestants tués

AFP, le 28 sept. 2009

CONAKRY — Au moins 87 personnes ont été tuées lundi à Conakry lors de la très violente répression d'une manifestation de l'opposition par les forces de sécurité, selon un nouveau bilan donné lundi soir à l'AFP de source policière.

C'est la première fois que la junte militaire réprime dans le sang une manifestation d'opposants, depuis son arrivée au pouvoir il y a neuf mois. Ancienne puissance coloniale, la France a très vite condamné lundi "avec la plus grande fermeté" cette "répression violente".

Plusieurs dizaines de milliers de manifestants s'étaient rassemblés dans le plus grand stade de Conakry pour dire leur opposition à l'éventuelle candidature du chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara, à l'élection présidentielle de janvier.

Après la dispersion violente du rassemblement par les forces de l'ordre, 58 cadavres ont été apportés à la morgue du Centre hospitalier universitaire de Donka, à Conakry, a affirmé à l'AFP un médecin, sous couvert de l'anonymat. "C'est la boucherie! Un carnage", a-t-il lancé.

Dans un autre établissement sanitaire de Conakry, l'hôpital Ignace Deen, une source médicale a assuré au correspondant de l'AFP qu'un camion militaire était venu pour ramasser des "dizaines de corps", emmenés vers "une destination inconnue".

Le correspondant de l'AFP avait lui-même dénombré au moins une dizaine de cadavres portant des traces de balles, couchés à même le sol dans l'enceinte du stade du 28-septembre.

Selon un membre de la Croix-Rouge, il y a "une volonté de dissimuler les corps des victimes" de la répression. "Les dirigeants de l'armée ont demandé que tous les cadavres collectés soient apportés au camp (militaire Alpha Yaya Diallo, siège de la junte, ndlr) et non pas dans les morgues", a-t-il dit à l'AFP.

Dans la matinée, les forces de l'ordre avaient d'abord dispersé les opposants à l'aide de matraques et de grenades lacrymogènes près du stade de la capitale, et arrêté des dizaines de personnes.

Puis le stade - qui compte officiellement 25.000 places - s'était empli d'une foule débordant jusque sur les pelouses et aux abords, et des tirs avaient été entendus.

L'ex-Premier ministre Cellou Dalein Diallo, candidat à l'élection présidentielle et leader de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UDFG, opposition), a été blessé au cours de la manifestation, tout comme l'ancien chef de gouvernement Sidya Touré, leader de l'Union des forces républicaines (UFR, opposition), selon leurs récits.

Ils ont été conduits au camp militaire Alpha Yaya Diallo, siège de la junte, puis transportés dans une clinique pour y être soignés.

"Il y avait une volonté délibérée de nous éliminer aujourd'hui, nous les opposants", a déclaré Sidya Touré à l'AFP.

"Non à Dadis" et "à bas l'armée au pouvoir", pouvait-on lire sur des pancartes brandies par des jeunes participant à la manifestation, qui avait été interdite par la junte.

Jusqu'à présent, le capitaine Dadis Camara soulignait volontiers que l'armée avait pris le pouvoir "sans effusion de sang", le 23 décembre 2008, au lendemain du décès du président Lansana Conté qui régnait sans partage sur le pays depuis 1984.

"Le capitaine Moussa Dadis Camara (chef de la junte) a jeté son masque. Aujourd'hui le régime de la terreur se manifeste et cela peut s'aggraver", a déclaré à l'AFP Alioune Tine, le dirigeant de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'Homme (Raddho), basée à Dakar.

Ces violences interviennent au moment où la communauté internationale fait pression sur le chef des putschistes, au pouvoir depuis le coup d'Etat du 23 décembre 2008, pour qu'il respecte ses engagements de ne pas se présenter à l'élection et de laisser le pouvoir aux civils.

 

Manifestation de l'opposition réprimée dans le sang

RFI, le 28/09/2009 

Les forces de l'ordre sont intervenues violemment ce matin pour réprimer une manifestation interdite ce jour à Conakry. Elles avaient reçu l'ordre de faire évacuer le grand stade du 28 Septembre occupé par des manifestants, opposés à la probable candidature du capitaine Moussa Dadis Camara, à la présidence de la République en janvier 2010. La junte est au pouvoir depuis le 23 décembre 2008.   

«  Des dizaines de cadavres ont été apportés lundi à la morgue du Centre hospitalier universitaire de Donka, à Conakry, après un rassemblement de l'opposition dispersé dans le sang par les forces de l'ordre  », raconte à l'AFP un médecin sous couvert d'anonymat.

Tout a commencé ce matin avec un rassemblement de plusieurs centaines de jeunes dans les rues de la capitale. Equipés de pancartes ils ne faisaient pas mystère de leurs intentions : «  Non à Dadis et à bas l'armée au pouvoir  ». Ils protestaient contre la probable candidature du chef de la junte, le Capitaine Moussa Dadis Camara, à la présidentielle de janvier prochain qui ne manque pas une occasion pour entretenir le doute sur ses intentions, contrairement à ses déclarations lors de la prise du pouvoir en décembre 2008. Très vite les attroupements ont été dispersés par les forces de l'ordre avec des grenades lacrymogènes.

Aux environs de 11 heures locales, des milliers de manifestants venus des quartiers dits «  chauds  » comme Bambeto et de la banlieue, ont tenté de repousser les forces de l'ordre . Ils ont reçu le renfort de tous ceux qui voulaient dire leur ras-le-bol des facéties du pouvoir et de son chef.   Les forces de l'ordre ont battu en retraite en couvrant leur fuite par des tirs de grenades lacrymogènes.

L'histoire ne s'arrête pas-là.

Les manifestants, estimés à plus de 50 000 personnes, ont aussi reculé après que les renforts de gendarmerie sont arrivés sur les lieux. Après des affrontements assez violents, les manifestants ont reculé à hauteur de l'université Nasser de Conakry. Ils ont ensuite convergé vers le stade du 28 Septembre où ils ont trouvé portes closes. Le portail du grand stade a été défoncé.

Après y avoir laissé pénétrer la foule et les leaders politiques dans le stade du 28 Serptembre, les forces armées ont encerclé le stade et ont commencé à ouvrir le feu. Dans la panique les manifestants ont voulu fuir et les militaires épaulés par les policiers ont commencé la chasse aux manifestants. «  De nombreux civils ont été tués à bout portant  », relatent tous les témoins joints par téléphone, qui racontent aussi que des femmes ont été déshabillées et humiliées.

Quant aux leaders de l'opposition, ils n'ont pas échappé à la colère des bérets rouges. Celou Dallein Diallo a eu cinq côtes brisées, François Fall, le poigné cassé, Jean-Marie Doré, Mouctar Diallo et Sidiya Touré ont été frappés à la tête et ont dû recevoir des points de suture. Ils sont actuellement à la clinique Pasteur sous surveillance militaire.

 

 
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